Mes amis me surnomment le Captain, je navigue depuis plus de trois décennies et skipper d’Arion d’Astrion depuis 8 ans.
Mais mon voilier est plus qu’un bateau : il est mon frère d’armes, la monture qui m’accompagnera jusqu’aux portes du continent blanc après un long et judicieux refit.
Un marin façonné par le large
Ma vie professionnelle a été faite de mer. Capitaine 200, j’ai longtemps navigué comme convoyeur et skipper privé
pour des propriétaires exigeants. Un métier où l’on apprend la précision, la rigueur, la responsabilité absolue.
Chaque départ, chaque arrivée, chaque décision engage autre chose que soi.
Puis j’ai quitté les pontons des autres pour prendre la barre de mes propres voyages. Seul.
Avec mon voilier, mes choix, mes renoncements et mes engagements.
J’ai navigué en solitaire sur toutes les mers du globe : zones tempérées, tropiques, hautes latitudes.
J’ai appris à écouter le vent, à lire la mer, à accepter le doute et à respecter ce qui est plus grand que l’homme.
Explorateur, cinéaste, biologiste marin
Je ne me suis jamais contenté de « passer » sur la mer.
De formation scientifique en biologie marine, j’ai très tôt compris que naviguer, c’est aussi observer,
comprendre les mécanismes du vivant, les courants, les migrations, les équilibres fragiles.
Avec le temps, une autre évidence s’est imposée : ce que nous voyons au large mérite d’être raconté.
Cinéaste par nécessité, j’essaie de montrer le réel tel qu’il est : brut, silencieux, parfois violent,
souvent d’une beauté presque irréelle.
L’Odyssey of Aion sera aussi un film – non pas un simple spectacle, mais un témoignage sur ce que signifie
vivre une année complète dans le froid, le temps long et la solitude choisie.
L’œuvre d’une vie
L’expédition antarctique que je prépare depuis trois ans sera, très probablement, l’œuvre d’une vie professionnelle.
Le fruit de plus de 25 ans d’expérience dans les mers les plus extrêmes du globe :
quarantièmes rugissants, cinquantièmes hurlants, soixantièmes, ces latitudes où la mer ne pardonne rien.
L’Odyssey of Aion, c’est un passage en solitaire du Drake, suivi d’un hivernage sur la glace à Hovgaard Island,
avec pour seul refuge un voilier acier de 14 mètres transformé en petite base polaire : Arion d’Astrion.
Et puis il y a celles que l’on mène parce qu’on ne peut plus faire autrement. »
Hommage à Charcot
Cette expédition porte une dimension plus intime. Un hommage. Une dette.
Un fil qui traverse le temps.
Cet hommage, je le dois à celui qui m’a transmis le goût de la navigation extrême
et le virus du continent blanc : Jean-Baptiste Charcot.
Charcot a ouvert des routes, mêlé science, humanité et poésie.
Il a montré qu’on pouvait aller loin sans renoncer à l’élégance ni au doute.
Beaucoup de marins l’admirent. Moi, il m’a façonné.
Partir vers les glaces, traverser le Drake, hiverner sur la glace…
c’est marcher dans son sillage avec humilité et fidélité.
Un chemin plus qu’une performance
L’Odyssey of Aion est une aventure scientifique, humaine et filmée.
Mais, pour moi, c’est d’abord un chemin.
Un chemin que j’emprunte seul, avec humilité et détermination.
À ceux qui suivront cette odyssée, à ceux qui la soutiennent ou s’y reconnaissent :
merci. Certains partages comptent plus que d’autres.